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Pour cette nouvelle série artistique, Claire Huteau continue de nous emmener en voyage hors des sentiers touristiques standardisés. Continuellement en recherche d'endroits singuliers et enchanteurs, elle a une nouvelle fois déniché un lieu à son image, en se rendant à Tafraoute, au Maroc, sur le site des Rochers peints (aussi connus sous le nom Les Rochers bleus). Œuvre spectaculaire de l'artiste belge Jean Vérame, réalisée en 1985, celle-ci consiste, au-cœur d'un territoire aride, composé de falaises sèches et de nuages de poussière, d'oasis et d'arganiers, en un réseau de roches peintes en bleu, parfois en rose ou en jaune. Le contraste est saisissant et cet amas de roches colorées en plein milieu du désert paraît totalement surréaliste, comme tout droit sorti d'une autre planète.

Un site célébrant la couleur et la fantaisie, il n'en fallait pas plus pour séduire Claire Huteau, qui est donc partie explorer Les Rochers peints, accompagnée de ses modèles.

Là encore, le jeu sur la couleur constitue la signature de l'artiste, qui la travaille comme un matériau premier pour construire ses images. Si, comme l'a écrit Marie-Laure Bernadac dans son livre Louise Bourgeois (Éditions du Centre Georges Pompidou, 2008) : « La couleur est plus forte que le langage. », on peut affirmer, en regardant cette série photographique, que la couleur est bien le langage de Claire Huteau. Celle des pierres, celle des vêtements et des accessoires, de teintes éclatantes.

Dans toute œuvre photographique, l'artiste exprime son regard propre sur le réel, il rend visible celui-ci dans une approche toujours subjective. Ici, les paysages et les personnages sont sublimés, dans des mises en scène expressives, où la composition graphique et chromatique est très travaillée, pensée dans un souci esthétique fort. Le réel y est transcendé, transfiguré, il déborde, dans le regard de Claire Huteau, de joie, de fantaisie et de beauté.

Elle nous prouve également que l'on peut réaliser des images féeriques, voire surnaturelles, sans intelligence artificielle ou effets spéciaux. L'élaboration des clichés se fait entièrement en amont, dans un environnement modifié mais existant. Des rochers peints, des vêtements et des accessoires colorés, un soleil éclatant, et la féerie opère. Comme un éloge de l'artifice, ou plutôt de « l'art- ifice », afin de révéler la beauté du monde, celui dont on rêve, celui d'Alice au pays des merveilles, à l'opposé d'un monde moderne trop souvent présenté dans sa dimension violente et anxiogène.

Enfin, n'oublions pas les personnages de ce décor fantasmagorique, véritables créatures pop, célébrant la liberté et la sororité, dont on sent qu'elles s'amusent et prennent beaucoup de plaisir à poser dans ce dédale de couleurs. Une grande sensibilité se dégage également de leurs visages, qui nous regardent autant qu'on les regarde, et qui incarnent, à l'image des ces roches colorées et arrondies, puissance et douceur. Serait-ce une définition du féminin que nous livre ici Claire Huteau ? C'est à elle désormais qu'il faut le demander.